Fatma Alloo, fondatrice de Tanzania Media Women’s Association

 

La création de l’association… 
En novembre 1987, nous avons réussi à faire enregistrer la Tanzania Media Women’s Association (TAMWA). C’était un moment fort. Nous souhaitions utiliser les médias comme une force mobilisatrice. Le 8 mars 1988, journée internationale des femmes, nous avons lancé “Sauti ya Siti”, une publication racontant diverses histoires où les femmes ont pu, grâce à leurs compétences, aider la communauté. Par exemple, l’histoire de Siti Binti Saad, musicienne Taarab de Zanzibar qui a mis son talent au service de la justice. Nous voulions faire la même chose.
Nous avons donc lancé une campagne contre les violences faites aux femmes. Au début, nous étions seulement des femmes à manifester, mais rapidement des hommes nous ont rejoints pour dire “non” aux violences et à l’injustice. Nous avons poursuivi ce combat pour obtenir le vote de la loi sur les violations sexuelles en 1999 et voulons également modifier celle sur le mariage faite par le ministre Mary Nagu en 1971. Nous avions vu juste en utilisant les médias comme vecteurs d’autonomie. Nous avions un programme de radio – quatre séquences sur les grossesses d’adolescentes ont été diffusées sur Radio Tanzanie. Ce à quoi, les collégiennes ont massivement répondu. Ce fut une réussite. Cependant la séquence suivante sur les femmes battues a été refusée à l’antenne… Ce qui nous a confortés dans la nécessité d’exister ! La lutte continue.

Fatma Alloo - © Sameer Kermalli

© Sameer Kermalli

Quels défis avez-vous rencontré ?
A cette époque, les femmes étaient considérées comme des objets et rien n’a vraiment été fait pour changer cette image et nos droits. Que ce soit la Radio Tanzanie, le journal Uhuru ou le Daily News, aucun de ces médias ne s’intéressait aux conditions des femmes. Ça n’a jamais été une priorité. La TAMWA annonçait le changement. Patience et persévérance. Nous avons planifié nos interventions de façons stratégiques pour que la transition s’opère. Ainsi, un jour “Sauti ya Siti” a été publié en anglais et en kiswahili et cela nous a rapporté de nombreux lecteurs. Rapidement, nous avons acquis une reconnaissance régionale, mais également internationale. Notre travail acharné portait ses fruits. Grâce à notre réseau, notre assiduité et nos compétences, nous sommes même allées à la Conférence des Nations Unies de Pékin en 1995. Notre fierté fut de voir Mwalimu Nyerere et Winnie Mandela visiter notre tente !

Votre plus belle réussite ?
Durant ma présidence à la TAMWA, nous avons eu plusieurs succès. Pas seulement au niveau régional, mais également au niveau panafricain. Nous avons marqué durablement les esprits et permis à d’autres femmes de s’organiser. Nous leur avons montré qu’on pouvait se battre pour changer l’ordre établi.

Comment est-ce perçu dans votre communauté ?
Au sein de notre communauté, nous nous sommes rendu compte que le changement était possible. Dans un élan de solidarité, les femmes ont commencé à se mobiliser. Certes, certains hommes se sentant menacés ont essayé de nous brimer, mais heureusement d’autres se sont joints à nous pour nous soutenir. Bientôt, nous avions le soutien d’associations de renom comme Human Rights. Ainsi, est né le Tanzania Gender  network (TGNP). Les femmes se sont senties plus fortes, plus confiantes et plus indépendantes : nous avions réussi à changer les perceptions de la communauté.

Pour finir, un mot pour les femmes…
Tout ce que je voudrais dire, c’est que nous devons croire en nous-mêmes et nous efforcer de nous battre pour la justice ; que ce soit pour les femmes ou les hommes. Nous devons également essayer de déconstruire le modèle patriarcal. La libération de l’esprit est essentielle pour le changement et l’amélioration des conditions de vie.

Femmes en résistance en Tanzanie

Dans le cadre de l’exposition Femmes en résistance présentée à l’Alliance française de Dar es Salam, en Tanzanie, nous vous proposons de découvrir des “Tanzaniennes en résistance” mises en lumières aux côtés des photographies de Pierre-Yves Ginet.

Un feuilleton à suivre pendant les semaines à venir. Ceci avant la prochaine étape de l’exposition, au Burundi, le 7 mars prochain.