Piri Kashinte Itimba, médiatrice et animatrice communautaire

 
Piri Kashinte Itimba - © Romain Desclous / ActionAid

© Romain Desclous / ActionAid

ZANZIBAR / Piri Kashinte Itimba, médiatrice et animatrice communautaire, mère de trois enfants, fait la tournée des villages de sa région afin de sensibiliser la population sur les droits des femmes et les violences conjugales.
Ayant vu sa mère se faire battre par son père, Piri Kashinte Itimba pensait qu’une telle violence était “normale”. “Quand j’ai épousé mon mari, et qu’il ne m’a jamais battu, je me suis même demandé si notre mariage était normal“, explique-t-elle.
Après avoir participé à des réunions de sensibilisation organisées par ActionAid dans son quartier, elle a réalisé que les violences faites aux femmes n’étaient pas quelque chose de “normal”, au sein des familles et des communautés, et qu’elle devait la combattre.

Piri Kashinte Itimba a commencé en aidant au développement des activités économiques dans les villages, où les femmes produisent du batik ou apprennent la couture. Elle a également créé des groupes où les agriculteurs engagent d’anciens toxicomanes et prostitué-e-s, afin de les aider à se réintégrer et à avoir quelques revenus.

Avec ces différents groupes, elle a mené, à son tour, des actions de sensibilisation aux droits des femmes pour les 180 hommes et femmes qui l’avaient rejointe. Elle conseille aussi les victimes ou témoins de violences conjugales. “Je suis maintenant connue pour être une fervente défenseure de la lutte contre les violences faites aux femmes. Les gens me connaissent, ils viennent me voir quand ils entendent parler d’une affaire. Les victimes viennent me trouver pour obtenir des conseils et du soutien.
S’exprimer sur les violences faites aux femmes est loin d’être facile : “Avant, c’était tabou et personne n’osait en parler. Mais grâce aux formations et aux opportunités fournies par ActionAid, le savoir que j’ai acquis m’a rendu assez confiante pour revendiquer les droits des femmes, et pas seulement pour moi, mais aussi pour la communauté”. Défendre les droits des femmes concerne également les hommes qui se sont aussi beaucoup impliqués dans les campagnes de sensibilisation. “Les hommes changent“, dit-elle. “Ils peuvent devenir des relais de sensibilisation.” Et aujourd’hui, de plus en plus d’hommes participent aux comités de village, partout dans le nord d’Ugunja.

Le plus grand succès de Piri Kashinte Itimba ? D’avoir pu changer la vie de plusieurs femmes à travers ses groupes de sensibilisation et d’entrepreneuriat : “maintenant, des femmes peuvent avoir leurs propres revenus et ainsi aider leurs familles.” Pourtant, bien que les mentalités soient en cours d’évolution, certains défis demeurent : “la communauté voit encore les femmes comme incapables d’être des leaders. Cependant, les femmes sont maintenant en mesure de le contester et faire valoir leurs droits.

Pour conclure, Piri Kashinte Itimba revient sur le rôle essentiel que sont appelées à jouer les générations futures : “Les jeunes femmes doivent avoir confiance en elles : elles peuvent faire de grands changements ! Les jeunes garçons ont également un rôle à jouer : ils doivent être prêts à évoluer et soutenir les femmes“.

Piri Kashinte Itimba est également membre du comité de l’école et du village, ainsi que trésorière de la police communautaire et de l’association des agriculteurs du nord de Ugunja.

Femmes en résistance en Tanzanie

Dans le cadre de l’exposition Femmes en résistance présentée à l’Alliance française de Dar es Salam, en Tanzanie, nous vous proposons de découvrir des “Tanzaniennes en résistance” mises en lumières aux côtés des photographies de Pierre-Yves Ginet.

Un feuilleton à suivre pendant les semaines à venir. Ceci avant la prochaine étape de l’exposition, au Burundi, le 7 mars prochain.